Coacher les entrepreneurs

Jean-Philippe Bozek

Comment devient-on entrepreneur ?

Si, comme nous le verrons plus loin, le réalisme est une compétence essentielle du chef d’entreprise, c’est pourtant dans son imaginaire que naît l’idée originale. Enfouie au fin fond de l’inconscient de son concepteur, habitant d’abord ses rêves d’enfant, puis, progressivement, ses réflexions d’adulte, elle ne sera confrontée à la réalité que plusieurs années plus tard. Peu avant de prendre corps, elle prendra la forme d’une obsession qui aura pour conséquence de détourner l’attention du futur créateur de ses occupations habituelles et de tenter de persuader son entourage de toute la valeur de sa géniale idée.

Entre chaque phase énergique, créative, viendront s’intercaler des phases de doutes et probablement même des moments de renonciation. Selon le sens dans lequel penchera le déséquilibre entre ces deux forces, une entreprise verra progressivement le jour où elle restera à jamais à l’état de projet ou de désir inassouvi. Toutes les personnes que j’ai reçues à ce stade de leur démarche me confient que c’est un moment épuisant pour elles comme pour leur entourage. J’ai moi-même vécu cette étape personnellement à plusieurs reprises et j’en garde le souvenir d’un véritable accouchement, avec sa longueur parfois interminable, des moments d’enthousiasme frénétique mêlés à la peur de ne pas être à la hauteur, la mobilisation d’une énergie considérable, beaucoup de fatigue, de tensions, et finalement la joie de la naissance.

En regardant de plus près, beaucoup de projets auront besoin d’une aide extérieure, de la même façon qu’une maman a besoin d’un obstétricien pour faciliter et parfois tout simplement permettre la naissance de son enfant. En revanche, si neuf mois de gestation suffisent pour que naisse un enfant, il faudra souvent bien plus de temps pour qu’une première idée devienne une entreprise. Le chemin du créateur commence bien avant qu’il commence à parler de son projet. De la cohérence de son parcours et de sa maturité dépendront le devenir de l’entreprise. Nous découvrons ainsi un premier paradoxe du tempérament entrepreneurial : il faut avoir développé dans sa personnalité une importante capacité à rêver et un grand réalisme en même temps. Entre les deux, une compétence très particulière sera primordiale : la capacité de partager sa vision et de la soumettre à l’épreuve de la réalité et du sens critique. Une qualité importante sera sollicitée : le courage. Créer et conduire une entreprise est fondamentalement un acte courageux qui commence par oser exposer au grand jour le fruit d’une activité souvent secrète : l’imaginaire.

Tous droits réservés • Mentions légales | création internet arsitéo